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Soudan du Sud : l’enlisement du conflit à l’origine d’une crise nutritionnelle

22.02.17
 MAMADOU CISSE

21 février 2017, Juba – Le conflit qui se prolonge dans les comtés de Mayendit et de Leer au Soudan du Sud a des effets significatifs sur la population, déclare l’organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF). Des hommes, femmes et enfants sont régulièrement obligés de fuir leurs maisons afin d’échapper aux combats et luttent pour avoir accès à l’essentiel: nourriture, eau et soins de santé. Ces dernières semaines, les équipes MSF ont été témoins de hauts niveaux de malnutrition et ont lancé une réponse urgente afin de soigner les enfants malnutris. « Le niveau extrême de violence a un impact sévère sur la capacité des personnes à avoir accès aux besoins de bases tels que l’eau potable, la nourriture, un abri et des soins de santé, » déclare Nicolas Peisse, coordinateur de projet MSF. « Ces personnes ont tout perdu et luttent chaque jour pour survivre. »

En janvier, les équipes de travailleurs de la santé communautaires MSF ont été témoins de hauts niveaux de malnutrition parmi les enfants des zones de Dablual et de Mirniyal, au nord du comté de Mayendit. Ils ont constaté que 25% des enfants de moins de cinq ans souffraient de malnutrition aiguë et que jusqu’à 8,1%  souffraient de malnutrition aigüe sévère.

“Cela signifie qu’un quart des enfants que nous avons ausculté dans nos cliniques sont malnutris et 1 enfant sur 10 se trouve dans un état grave, » ajoute Nicolas Peissel. « Ces chiffres sont extrêmement préoccupants ». 

En réponse à cette situation, MSF a étoffé ses cliniques mobiles ces dernières semaines afin d’y inclure un traitement pour la malnutrition.

Face à la situation sécuritaire tendue dans la région, il est actuellement impossible pour les équipes MSF d’ouvrir un hôpital ou même de rediriger des patients vers d’autres structures de santé, car cela mettrait en danger la vie des patients et du corps médical. Dans de telles conditions, prodiguer des soins de santé est un défi majeur, d’autant plus que les personnes se déplacent constamment d’un endroit à l’autre, en recherche de sécurité.

 

L'histoire de Nyayolah

Nyayolah est arrivée dans une clinique MSF avec ses jumeaux âgés d’un an, tous deux souffrant de malnutrition. « En octobre et novembre, nous avons dû fuir notre village à trois reprises et nous cacher dans la brousse, » déclare-t-elle. « Nous avions appris à reconnaitre le bruit d’hommes armés, de voitures et de tanks. Avant de nous enfuir, nous avons saisi ce que nous pouvions. Les hommes armés ont tiré sur nous et pillé nos maisons. J’ai couru avec mes jumeaux dans mes bras et ma petite fille de quatre ans a couru à mes côtés. Parfois, nous voyions des personnes tomber au sol car elles avaient été touchées par un tir pendant qu’elles courraient. Nous nous sommes cachés dans la brousse et pendant la nuit, nous sommes revenus une fois les soldats partis. Chaque fois que cela se produit, nous rentrons chez nous avec moins qu’avant. Notre bétail, nos chèvres et nos poulets ont disparu; ensuite nos récoltes ; et finalement, nos maisons ont été pillées et brûlées. »

Quelques semaines plus tard, la famille de Nyayolah a pris la décision de quitter le foyer et de chercher refuge sur une ile dans des marécages. Pendant les 17 heures de voyage, ils n’ont survécu que grâce à l’eau des marais et le peu de nourriture qu’ils avaient pu emporter avec eux.

« Les personnes se déplacent car elles fuient sans cesse la violence, recherchent un abri sécurisé pour leur famille ou simplement des ressources, » poursuit N. Peissel. « Si elles entendent parler, par exemple, d’une distribution de nourriture, ces personnes voyageront dans cette direction. Nous devons donc constamment ajuster nos activités médicales en fonction des mouvement de la population ».

D’après N. Peissel, les perspectives pour les prochains mois sont sombres car la saison sèche rendra la nourriture sans doute encore plus difficile à obtenir. « Si les personnes ne peuvent pas trouver un endroit sécurisé où vivre, avec un accès décent à de l’eau potable, de la nourriture et des soins de santé, il est très peu probable d’envisager que leur situation s’améliore, » conclut-il.