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Accès interdit, éditorial de Chris Lockyear

22.10.13
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C’était le 24 septembre, dans l’après-midi. Je regardais défiler les informations à propos du séisme qui venait de frapper Awaran, dans la province du Baloutchistan : des maisons détruites, des centaines de morts et bien plus de blessés encore.

Il était évident selon moi que nous, Médecins Sans Frontières (MSF), devions être sur place. Alléger les souffrances causées par les conflits et les catastrophes naturelles est notre métier ; c’est même notre raison d’être en tant qu’association humanitaire médicale professant la neutralité. Malgré cela, près de quatre semaines après les deux séismes majeurs d’Awaran, nous n’y avons encore soigné aucun patient, alors qu’une intervention humanitaire impartiale est bien nécessaire.

Certes, la capacité du gouvernement pakistanais à répondre à ce type de catastrophe est, d’un point de vue logistique, bien supérieure à celle de MSF. Nous n’avons ni les moyens  de l’armée nationale pour transporter les patients par voie aérienne, ni le statut pour décréter l’état d’urgence. Mais nous sommes capables de donner des soins médicaux d’urgence, des apports nutritionnels, des consultations médicales de base, de l’eau potable et des abris ; et en toute impartialité.

Nous travaillons depuis plusieurs années dans la province du Baloutchistan et nous connaissons bien les précautions à prendre. MSF n’est affiliée à aucun gouvernement ou parti politique, son seul souhait est de fournir une aide humanitaire aux personnes qui en ont besoin. De plus, notre association n’est aucunement impliquée dans les dynamiques politiques de la région, dans leur histoire ou dans leurs résultats.

Nos projets au Pakistan sont exclusivement financés par les dons de particuliers, nous n’acceptons aucun fonds institutionnel ou gouvernemental – ce qui est impératif dans un pays où l’aide humanitaire est sujet à manipulation. Nous travaillons en nous basant uniquement sur les besoins des populations, afin de pouvoir fournir des soins médicaux là où ils sont nécessaires.

Médecins Sans Frontières était prête à fournir cette assistance médicale impartiale à Awaran.  Tout de suite après le séisme, nous avions une équipe médicale positionnée à Uthal et prête à partir pour répondre aux besoins humanitaires et médicaux. Nous avions également en stand-by des experts en logistique, des coordinateurs et des ingénieurs spécialisés en eau et assainissement ; du personnel international a été mobilisé en vue d’intervenir.

A la lumière des attaques contre un hélicoptère de l’Autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA) et contre un convoi du Ministère de la santé dans les jours qui suivaient le séisme, il a fallu bien réfléchir au fait d’entrer dans la zone affectée. Mais de la même façon qu’on le ferait pour la République démocratique du Congo ou l’Afghanistan, nous ne pouvons pas arriver sur place sans avoir des garanties minimales de sécurité. Nous nous sommes préparés à intervenir à Awaran car nous estimions qu’avec ces garanties nous pourrions y parvenir.

Malheureusement, au final, il ne s’agissait plus de décider d’aller sur le terrain ou non, car cette décision avait été prise à notre place. Au Pakistan, le gouvernement donne clairement son accord en délivrant des certificats de non-objection (No-Objection Certificate, NOC), et nous travaillons au quotidien dans ce cadre pour continuer à mener nos programmes actuellement en cours dans la province du Baloutchistan.

Mais, malgré une demande d’aide officielle de la part du gouvernement le 1er octobre 2013 et les nombreuses réunions avec les autorités nationales et locales, aucune NOC pour Awaran n’a vu le jour. Nos efforts ont été réduits à néant  quand quelques jours plus tard notre demande d’autorisation a été définitivement refusée.

J’ai trouvé surprenant que notre aide soit refusée si précipitamment. D’autant plus que les autorités ont largement facilité nos interventions après le séisme au Cachemire en 2005, en 2008 à Ziarat, et à plusieurs reprises lors d’inondations dans l’est du Baloutchistan, notamment en 2010. En quoi la situation à Awaran est-elle différente ?

Etant donné le désastre humanitaire dont nous avons eu écho il y a quelques jours - des membres brisés, des puits effondrés, des enfants qui survivent grâce aux dattes et à l’eau sucrée que leurs mères leur donnent - comment tout ceci a-t-il pu se régler si vite ? Surtout si l’on considère les messages contradictoires reçus par les différentes autorités.

Pour nous, en tant qu’association donnant la priorité aux besoins des patients, savoir qu’il y a là-bas des personnes dans le besoin est particulièrement dur à supporter. Le pire est de ne pas vraiment savoir ce qu’il se passe sur le terrain – et c’est notre situation actuelle. S’il y a des gens à Awaran et Kech qui n’ont pas reçu d’aide depuis presque quatre semaines, je ne peux qu’imaginer leur souffrance.

De telles catastrophes humanitaires ont en général pour conséquence des pénuries alimentaires à l’effet désastreux sur les enfants et les mamans, des personnes qui dorment sous des abris de fortune ce qui les rend encore plus vulnérables à la pneumonie et au paludisme, ainsi qu’un manque d’eau potable et de sanitaires augmentant le risque de diarrhée. Sans oublier les infections causées par les blessures non soignées.

Le gouvernement pakistanais a décliné notre aide. Devons-nous pour autant faire nos valises et rentrer chez nous ? Ce n’est pas aussi simple. Certes, nous avons dû retirer notre équipe d’Uthal, quand bien-même nous continuons de recevoir les témoignages de destruction, d’une communauté détruite par deux tremblements de terre et par l’insécurité, et d’énormes besoins d’aide et de soins médicaux. Nous restons déterminés à nous rendre sur place et à donner directement des soins et des traitements là où ils sont encore nécessaires – et nous sommes déterminés à négocier cet accès avec toutes les parties concernées.

Nous restons par ailleurs engagés à apporter une aide médicale et humanitaire impartiale au Baloutchistan et ailleurs au Pakistan.

 

Chris Lockyear est responsable des opérations MSF pour l’Afghanistan, le Bangladesh, le Pakistan et le Sud-Soudan.

Cet article a été publié en premier sur Dawn.com le 21 octobre 2013.

Médecins Sans Frontières est une association médicale humanitaire indépendante de tout  parti politique ou groupe militaire. Elle fournit une assistance médicale d’urgence aux personnes les plus vulnérables dans 65 pays à travers le monde.

Au Pakistan, les équipes de MSF fournissent des soins de santé primaires et secondaires dans les zones tribales, dans les provinces du Khyber Pakhtunkhwa et du Sindh, ainsi que dans les districts de Qilla Abdullah, Quetta, Nasirabad et Jafarabad, au Baloutchistan.

Les activités de MSF au Pakistan sont exclusivement financées par les donations de particuliers à travers le monde et l’association n’accepte aucun fonds de gouvernements, de bailleurs de fonds, ou de groupes politico-militaires.l'Autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA).